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Pour une citoyenneté urbaine

6, octobre, 2017|

Entretien avec Jacques Donzelot

Sociologue et historien, Jacques Donzelot est un des grands spécialistes français de l’étude des questions sociales et urbaines. Précurseur des recherches sur la politique de la ville et des errances de l’urbanisation des Trente Glorieuses, il nous invite à penser une nouvelle forme de citoyenneté urbaine pour lutter contre les fractures du territoire.

 

Toute votre carrière a été consacrée à l’étude des transformations de la société urbaine. Dans vos derniers travaux vous développez l’idée que nous serions passés de la « vielle question sociale » à une nouvelle « question urbaine », de l’ère du conflit qui solidarise à celle des conventions qui séparent. Comment analysez-vous cette évolution ?

Si l’on compare la question urbaine et sociale entre l’ère industrielle et aujourd’hui, il est évident qu’il y a eu un changement radical.

Au début de l’ère industrielle, l’espace urbain attirait les populations pauvres des campagnes qui venaient chercher du travail en ville. Il y avait une certaine proximité entre les riches et les pauvres, ce qui augmentait la tension sociale… Quand il y avait une crise les faubourgs populaires explosaient et les barricades se dressaient. L’insurrection politique du XIXème siècle avait lieu dans les villes. C’est la ville qui permet à la question sociale d’exister. Mais les urbanistes et les technocrates du XXème siècle ont essayé de séparer le logement, le travail, le commerce, les loisirs… pour fonctionnaliser la ville et mettre un terme à ces modes d’action politique.

Aujourd’hui toute la société est urbanisée. La problématique change car au lieu d’avoir une confrontation entre des groupes sociaux il y a une très nette séparation. Les travailleurs qui se trouvaient proches des villes dans les usines et des centres de production, l’ont progressivement déserté  à cause des délocalisations dans d’autres pays ou d’autres régions françaises De cette manière une partie des ouvriers et des classes moyennes se sont déplacés en suivant la localisation du capital et des entreprises, là où le prix du sol est plus accessible…Ils forment aujourd’hui une classe périphérique relativement hétérogène qui occupe un espace qui va du périurbain résidentiel aux campagnes les plus déshéritées. …  Cela englobe les villes moyennes connectées avec les grandes métropoles régionales, même si pour les atteindre il faut prendre le train et la voiture, qui abritent des classes moyennes venues rechercher un meilleur cadre de vie et qui travaillent dans le tertiaire Puis, plus loin encore à la périphérie et dans le monde rural, on retrouve les plus modestes qui bien que souvent propriétaires, souffrent de la précarité notamment à cause de la désertification des services publics.  Or, cette population paupérisée n’a pas assez de ressources pour envoyer ses enfants étudier à la ville et surtout lui offrir un logement décent… De ces contradictions émergent le sentiment d’être abandonné de tous : incompris dans un monde globalisé et rejetés par les pouvoirs publics qu’ils accusent de favoriser les immigrés à leurs dépens.

Le droit à la ville est un concept inspiré de l’ouvrage éponyme du sociologue Henri Lefebvre, qui est devenu depuis les trente dernières années l’une des notions obligées pour tout bon urbaniste.  Dans son acceptation contemporaine, ce concept renvoie à l’idée selon laquelle la ville constituerait l’espace privilégié pour co-élaborer une société plus juste et plus démocratique. Pourtant malgré l’obligation légale de la concertation des habitants pour chaque projet urbain et le mesures participatives, une vraie citoyenneté urbaine reste encore développement de diverses à construire.

En contrepartie ces populations immigrées ont progressivement occupé les villes et leurs proches banlieues notamment son parc d’habitat social déserté par les classes moyennes… Comme ces logements ont été volontairement construits à la périphérie des centres villes pour éviter la confrontation sociale, les immigrés et leurs descendants – souvent au chômage –  se trouvent dans une situation de relégation proche du ghetto.  C’est une réalité que l’on retrouve également en Allemagne, en Hollande ou en Angleterre…

Les capitales régionales attirent d’autres populations plus diplômées, davantage internationalisées, ce sont les fameuses classes créatives qui regroupent tous les métiers de la création et de la production : du banquier aux journalistes en passant par les designers et autres publicitaires…  Cette classe de cadres et professions intellectuelles supérieures reste séparée physiquement des catégories pauvres et immigrées sauf lorsque ces dernières viennent réaliser des services de ménage ou de garde d’enfants …

La question sociale est là, c’est un enjeu profondément urbain qui résulte de l’opposition de ces trois mondes. Notre rapport à la ville a donc changé et avec lui le processus de construction de la citoyenneté.

Dans vos travaux vous soulignez justement que l’urbanisation totale de la société conduit à de nouvelles formes de ségrégations et de relégation qui menacent directement la citoyenneté. Comment faire pour réintégrer l’éviter ?

Cette réflexion est née notamment de ma lecture des travaux de Thomas Humphrey Marshall, Citizenship and social class, un grand classique de l’étude de la construction de la citoyenneté sociale en Europe. Humphrey nous dit que pour rendre crédible la citoyenneté il a fallu bien plus que reconnaitre le droit de vote et lui ajouter le droit à la santé, à la sécurité et à l’éducation. Cette augmentation des droits sociaux s’est imposée au XIXème siècle dans un monde où le travail industriel était la norme sociale. Elle correspond à la reconnaissance de droits sociaux de portée universelle, garants de « l’égale dignité » de tous selon la déclaration universelle des droits de l’homme votée à l’ONU en 1948.

La citoyenneté urbaine c’est recréer des liens physiques, sociaux et politiques.

Etre pleinement citoyen c’est donc être capable de s’assurer une dignité : physique, économique et sociale… Or depuis les années 1970 ces droits sociaux ne suffisent pas pour garantir la dignité aux populations reléguées dans les cités sociales excentrées ou paupérisées à la périphérie, qui ne disposent pas de chances suffisamment crédibles d’accéder à une place convenable dans la société. La ville sépare autant et plus qu’elle rassemble.

Le problème ne vient donc pas seulement du coût croissant de ces droits mais surtout du fait qu’ils sont statiques et se concèdent de façon automatique sans contrepartie. Ils ne sont pas liés, par exemple à l’exigence de formation que suppose aujourd’hui la mutation de l’économie. On peut donc en France recevoir une allocation chômage et une aide au logement pour seul minimum vital.  Il y a des citoyens protégés mais exclus du lien social et de la communauté par manque d’infrastructures et de possibilités de formations… Or, être citoyen c’est être capable de maintenir sa dignité : sociale, physique, scolaire etc. D’où ma proposition d’une citoyenneté urbaine.

Qu’entendez-vous exactement par « citoyenneté urbaine » ? Pensez-vous qu’elle soit capable de redonner  de la dignité aux exclus ?

C’est d’abord faire le constat que le problème n’est plus la vieille question sociale, c’est-à-dire l’affrontement entre ceux qui possèdent et ceux qui n’ont rien, mais bien la séparation entre des mondes sociaux : la classe créative mondialisée, la France moyenne et périphérique et la France populaire et immigrée. Les droits sociaux ne sont plus suffisants pour répondre à tous sur un pied d’égalité. Il faut pour cela veiller à égaliser le capital spatial et social dont les habitants disposent pour éviter que certains lieux deviennent des espaces de relégation. Il est possible de créer un réseau de relations sociales qui vienne reconnecter les gens aux opportunités de la ville et ne plus la réserver aux seules classes créatives.  La citoyenneté urbaine c’est recréer des liens physique sociaux et politiques : garantir la circulation des personnes, aider à développer un réseau de formation et de soutien à l’emploi, redonner un poids politique et démocratique aux habitants…C’est le seul moyen de lutter efficacement contre la ségrégation qui affaiblit les droits sociaux de tous..

Mais concrètement comment faire pour matérialiser cette citoyenneté urbaine ?

C’est toute la difficulté de l’exercice. Le défi politique c’est de redonner corps à cette citoyenneté. Il faut alors garantir le pouvoir d’organisation collective et protéger les mouvements sociaux des citoyens. Il faut se méfier du discours de mouvance libérale qui fait de la responsabilité individuelle l’élément moteur de la société, qui dans les fait stigmatise encore un peu plus les classes populaires … L’enjeu c’est d’unir le pouvoir collectif et le pouvoir individuel. Unir, cela veut dire veiller à ce que le pouvoir collectif ait pour objectif d’augmenter l’effort de ses membres.

En somme, c’est augmenter les chances entre les individus et valoriser la diversité en invitant les citoyens à participer directement à la mise en œuvre des politiques…  Dans une société de plus en plus frappée par le populisme, parler de pouvoir d’organisation collectif c’est faire le choix de la justice sociale qui englobe également la réussite individuelle.  La citoyenneté urbaine c’est favoriser la mise en place d’un pouvoir d’action collectif qui permettrait aux individus où qu’ils soient d’avoir un soutien pour changer leur vie. Une manière d’introduire le droit à la ville.

La citoyenneté urbaine c’est favoriser la mise en place d’un pouvoir d’action collectif qui permettrait aux individus où qu’ils soient d’avoir un soutien pour changer leur vie

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